LUPOQ Rénovation
← Toute la rubrique Savoir

Rue Lecourbe, Paris 15e · 1850-1914

Le plancher parisien : pourquoi votre voisin du dessous entend vos talons et pas votre télévision

Publié le · LUPOQ Rénovation

Parquet ancien en point de hongrie éclairé de biais, montrant les lames et les joints du support bois.
Parquet ancien en point de hongrie éclairé de biais, montrant les lames et les joints du support bois. Photo Francesca Cruccu, Pexels

Les planchers des immeubles parisiens anciens sont constitués de solives de bois d'environ vingt centimètres sur huit, espacées de quarante à cinquante centimètres, avec un remplissage de plâtre et un parquet cloué sur lambourdes. Cette composition transmet efficacement les bruits d'impact, dits bruits solidiens, parce que le choc met directement en vibration une structure légère et continue, tandis qu'elle arrête mal les bruits aériens, faute de masse. C'est la raison pour laquelle un voisin du dessous entend distinctement des pas et mal une conversation. La correction passe par la désolidarisation du revêtement au moyen d'une sous-couche résiliente ou d'une chape flottante, jamais par l'ajout d'un tapis ou d'un simple isolant thermique, et elle consomme de deux à cinq centimètres de hauteur libre. LUPOQ Rénovation mesure la hauteur disponible et arbitre le complexe acoustique avant d'arrêter le plan, et vérifie ce que le règlement de copropriété impose comme performance minimale au revêtement de sol.

Un locataire parisien sur deux a déjà eu cette conversation. Le voisin du dessous entend les pas, le déplacement d'une chaise, la chute d'un objet, avec une netteté qui semble impossible à travers un plancher. En revanche il n'entend pas les conversations, ou seulement un murmure indistinct.

Cette dissymétrie n'est ni une impression ni un défaut de construction. Elle découle directement de la façon dont ces planchers ont été faits, et elle se corrige par des moyens précis qui n'ont rien à voir avec l'intuition.

Ce qu'il y a réellement sous vos pieds

Le plancher parisien courant du dix-neuvième siècle est un ouvrage en bois. Des poutres maîtresses portent des solives d'environ vingt centimètres de hauteur sur huit de largeur, espacées de quarante à cinquante centimètres. Entre les solives, un remplissage de plâtre, parfois mêlé de gravats ou de briques allégées, forme le hourdis. Sur les solives, des lambourdes ; sur les lambourdes, le parquet cloué. En dessous, un lattis plâtré forme le plafond du voisin.

L'ensemble est remarquable par sa légèreté. C'est ce qui a permis de monter six étages sans béton. C'est aussi ce qui pose problème au son.

Deux bruits, deux physiques

Il faut distinguer deux familles, parce qu'elles ne se traitent pas du tout de la même façon.

Le bruit aérien est une onde qui voyage dans l'air : une voix, une télévision, de la musique. Pour l'arrêter, il faut de la masse. Une paroi lourde est difficile à mettre en vibration ; une paroi légère se laisse traverser. Un plancher bois, léger par nature, arrête donc médiocrement le bruit aérien — d'où le murmure indistinct.

Le bruit d'impact, ou bruit solidien, ne passe pas par l'air. Le talon frappe le parquet, le parquet transmet le choc aux lambourdes, les lambourdes aux solives, les solives à la structure entière. Le son voyage dans la matière, à grande vitesse et avec peu de pertes, puis il est réémis dans l'air de la pièce du dessous par le plafond, qui se comporte comme la peau d'un tambour.

Voilà l'explication complète de la dissymétrie. La structure est mauvaise contre l'air, faute de masse, et excellente pour conduire les chocs, parce que continue et rigide.

Pourquoi le tapis ne règle rien

Poser un tapis atténue le bruit dans la pièce où l'on marche, en amortissant le choc à la source. C'est utile, et cela ne traite pas la voie principale : le parquet reste solidaire des solives partout ailleurs. Un tapis dans le salon n'empêche pas le couloir de transmettre.

De même, un isolant thermique posé sous un parquet ne fait pas un isolant acoustique. Ce sont deux propriétés différentes des matériaux, et un produit performant pour l'une peut être médiocre pour l'autre.

Ce qui fonctionne réellement : désolidariser

La seule stratégie efficace contre le bruit d'impact consiste à couper le chemin de la vibration entre le revêtement et la structure. On parle de désolidarisation, et elle prend deux formes principales.

La sous-couche résiliente. Un matériau souple et compressible est intercalé entre le revêtement et le support. Le choc le déforme au lieu d'être transmis. C'est la solution la plus économe en hauteur, de l'ordre de quelques millimètres, et elle suppose un revêtement flottant, non cloué et non collé au support.

La chape flottante. Une dalle de mortier ou une chape sèche repose sur un lit isolant, sans aucun contact rigide avec le plancher ni avec les murs. Elle est plus efficace et plus lourde. Sur un plancher bois ancien, son poids doit être vérifié : ces ouvrages ont été dimensionnés pour les charges de l'époque, et ajouter une masse importante n'est pas neutre.

Dans les deux cas, le détail qui décide du résultat est le même, et c'est le plus souvent négligé : les rives. Si la chape ou le revêtement touche le mur, ne serait-ce qu'en un point, la vibration passe par ce contact et l'ouvrage entier perd son effet. Une bande périphérique résiliente doit remonter sur toute l'épaisseur, et les plinthes ne doivent jamais bloquer le revêtement contre le mur.

Le prix se paie en centimètres

Un complexe acoustique consomme de deux à cinq centimètres de hauteur libre. Aux étages bas d'un immeuble parisien, où les plafonds sont hauts, cela ne se remarque pas. Aux étages hauts, ces centimètres se disputent avec la hauteur de passage des portes, les seuils et parfois le seuil de décence.

C'est pourquoi la décision se prend au début du projet et non au moment de choisir le parquet. Elle engage la hauteur des portes, la position des seuils et l'épaisseur totale du sol.

Ce que le règlement de copropriété impose

Beaucoup de règlements comportent une clause sur les revêtements de sol. La formulation classique interdit de remplacer un revêtement par un autre dont les qualités acoustiques seraient inférieures.

C'est le point qui piège le plus souvent : remplacer une moquette par un parquet flottant ou un carrelage améliore le logement et dégrade la situation du voisin du dessous. La clause a précisément été écrite pour cela, et elle est régulièrement invoquée.

La vérification est simple et prend cinq minutes : lire ce que dit le règlement avant de choisir le revêtement, pas après la pose.

Ce que nous faisons, et ce à quoi nous nous engageons

Nous mesurons la hauteur libre et nous arbitrons le complexe acoustique avant d'arrêter le plan. Le sol se décide en même temps que les portes et les seuils, sinon l'un des trois ne tombe pas juste.

Nous lisons la clause de revêtement du règlement de copropriété avant de chiffrer. Poser un sol qui contrevient au règlement expose le client à devoir le déposer, et c'est un désordre entièrement évitable.

Le sondage précède le devis. Sur un plancher ancien, l'état des solives et de leurs appuis dans les murs se vérifie par un point de dépose ciblé. Charger un plancher dont les têtes de solives sont attaquées est un mauvais calcul.

Toute découverte est photographiée et datée le jour même. Une solive fendue, un hourdis effondré, une reprise ancienne mal faite : la zone est arrêtée, l'image et la date sont transmises, un chiffrage suit sous quarante-huit heures, et rien ne reprend sans accord écrit.

Nous soignons les rives et nous le montrons. La bande périphérique et le désolidarisement des plinthes sont photographiés avant la pose du revêtement. C'est le détail invisible dont dépend tout le résultat, et le client doit pouvoir vérifier qu'il a été fait.

Le pacte de voisinage s'applique intégralement, et il a ici une valeur particulière : un chantier de sol est bruyant pour celui-là même qu'on cherche à protéger. Horaires annoncés à l'avance, regroupement des tâches bruyantes sur des plages courtes, parties communes protégées et nettoyées chaque soir, un interlocuteur joignable pendant toute la durée du chantier.

Questions fréquentes

Peut-on traiter le bruit par le plafond du voisin du dessous ?

Un plafond suspendu désolidarisé chez le voisin améliore la situation, mais il se pose chez lui, il lui prend de la hauteur, et il traite moins efficacement l'impact que la désolidarisation à la source. Techniquement, on agit toujours mieux du côté où naît le choc.

Le parquet massif cloué est-il plus bruyant que le flottant ?

Cloué, il est solidaire de la structure, donc il transmet. Flottant sur une sous-couche résiliente, il transmet nettement moins. Ce n'est pas le matériau qui décide, c'est la façon dont il est fixé.

Existe-t-il une obligation légale de performance acoustique ?

La réglementation acoustique s'impose aux constructions neuves. En rénovation dans l'existant, ce sont d'abord le règlement de copropriété et le principe de ne pas causer de trouble anormal de voisinage qui s'appliquent.

Nous intervenons régulièrement sur ce type de bâti : voir notre page rénovation des sols, notre rénovation d'appartement et notre pacte de voisinage en copropriété.

Sources

Les caractéristiques des planchers parisiens — solives d'environ 20 × 8 cm espacées de 40 à 50 cm, hourdis de plâtre, parquet cloué sur lambourdes — correspondent à ce que nous relevons sur nos propres chantiers. La distinction entre bruits aériens et bruits d'impact, et le principe de désolidarisation par matériau résilient, relèvent des règles de l'art de l'isolation acoustique des planchers. Les clauses de revêtement de sol évoquées figurent dans le règlement de copropriété propre à chaque immeuble : c'est ce document qu'il faut lire, aucune règle générale ne s'y substitue.

Votre projet mérite le même soin.

Demander un devis →
Retour à l'accueil