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Boulogne-Billancourt · 1925-1939

Boulogne-Billancourt : dans un immeuble des années trente, le mur qui vous gêne n'est presque jamais porteur

Publié le · LUPOQ Rénovation

Angle d'immeuble Art déco à ressauts géométriques, façade claire vue en contre-plongée.
Angle d'immeuble Art déco à ressauts géométriques, façade claire vue en contre-plongée. Photo Nur Andi Ravsanjani Gusma, Pexels

Les immeubles construits à Boulogne-Billancourt et dans l'ouest parisien entre les deux guerres reposent sur une ossature de béton armé en poteaux et poutres, et non sur des murs porteurs continus comme le bâti du dix-neuvième siècle. Les charges descendant par les poteaux, les cloisons intérieures sont le plus souvent non porteuses et peuvent être déposées sans reprise de structure, ce qui rend ces logements bien plus faciles à redistribuer qu'un appartement haussmannien. Le risque se déplace vers le béton lui-même : les enrobages d'armatures de cette époque sont faibles, et la carbonatation du béton sur près d'un siècle a fait perdre aux aciers leur protection alcaline, de sorte qu'une saignée ou un percement qui entame une armature amorce une corrosion et un éclatement différés. LUPOQ Rénovation repère les armatures au détecteur avant toute saignée dans un élément de structure, et fait valider par un bureau d'études toute intervention sur un poteau, une poutre ou un voile.

Un client qui a vécu dans un immeuble haussmannien puis emménage dans un immeuble des années trente fait souvent la même remarque : les cloisons sonnent creux, et les pièces se laissent réorganiser. Il a raison, et ce n'est pas une impression.

Entre les deux guerres, l'ouest parisien se construit selon un principe structurel radicalement différent. Boulogne-Billancourt en offre l'un des ensembles les plus denses de la région, porté par la croissance industrielle de la vallée de la Seine et par une génération d'architectes qui y ont expérimenté.

Le principe : les charges descendent par des points, pas par des murs

Dans un immeuble du dix-neuvième siècle, les charges descendent par des murs continus, de la toiture aux fondations. Chaque mur qui porte est un mur qu'on ne peut pas ouvrir sans le remplacer par autre chose.

Le béton armé change ce raisonnement. Les charges sont concentrées sur des poteaux, reprises par des poutres, et transmises aux fondations par un nombre limité de points. Les murs qui remplissent l'espace entre les poteaux ne portent plus rien d'autre qu'eux-mêmes.

La conséquence pratique est immédiate : dans un appartement de cette époque, la plupart des cloisons intérieures peuvent être déposées sans reprise de charge. Réunir un salon et une chambre, ouvrir une cuisine, déplacer une salle d'eau, sont des opérations de redistribution et non des opérations de structure.

C'est l'exact inverse de ce qu'impose un immeuble de grande avenue haussmannienne, où la profondeur de la parcelle avait obligé à multiplier les murs de refend.

La nuance qui coûte cher

« La plupart » n'est pas « toutes ». Trois éléments continuent de porter, et ils ne se distinguent pas toujours à l'œil d'une cloison de remplissage.

Les poteaux noyés dans l'épaisseur d'un mur, parfois habillés d'un enduit qui les rend invisibles. Les voiles de contreventement, murs pleins en béton qui n'apportent pas de charge verticale mais reprennent les efforts horizontaux et rigidifient l'ensemble. Et les refends de cage d'escalier ou de gaine d'ascenseur, qui forment le noyau rigide du bâtiment.

Un voile de contreventement percé sans étude ne s'effondre pas et ne montre rien pendant des années. Il affaiblit le comportement d'ensemble de l'immeuble. C'est le type de faute qui ne se voit jamais sur le chantier qui l'a commise.

Le vrai risque de ces immeubles : la carbonatation

Le béton armé fonctionne parce que deux matériaux se complètent. Le béton résiste à la compression, l'acier à la traction. Et le béton, très alcalin à l'origine, forme autour des aciers une couche passive qui les protège de la corrosion.

Cette protection n'est pas éternelle. Le gaz carbonique de l'air pénètre lentement dans le béton et neutralise son alcalinité. Le phénomène s'appelle la carbonatation, et il progresse depuis la surface vers l'intérieur, de quelques millimètres par décennie selon la compacité du béton et l'exposition.

Quand le front de carbonatation atteint l'acier, la couche protectrice disparaît. L'acier se corrode, et la rouille occupe un volume plusieurs fois supérieur à celui du métal d'origine. Elle fait éclater le béton par en dessous. C'est ce qu'on voit sur les façades de cette époque : des épaufrures, du béton qui se détache par plaques, un acier apparent et rouillé.

Le facteur aggravant est propre à l'époque : l'enrobage, c'est-à-dire l'épaisseur de béton entre l'acier et la surface, était souvent faible. Les règles modernes imposent des enrobages nettement plus généreux, précisément parce qu'on a compris ce mécanisme. Un immeuble de 1932 a donc des aciers proches de la surface et près d'un siècle de carbonatation derrière lui.

Ce que ça interdit sur un chantier

Une saignée pour passer une gaine électrique, un percement pour fixer un meuble lourd, un carottage pour une ventilation : chacune de ces opérations peut entamer une armature. Une armature coupée ou entaillée n'affaiblit pas seulement l'élément, elle ouvre un chemin direct à la corrosion, dans un béton qui ne la protège plus.

Le désordre n'apparaît pas tout de suite. Il apparaît cinq ou dix ans plus tard, sous forme d'une fissure puis d'un éclat, et rien ne le rattache plus au chantier qui l'a causé.

C'est pourquoi la détection d'armatures avant percement n'est pas une précaution de confort dans ce bâti. C'est la condition pour ne pas transmettre un problème au propriétaire suivant.

Les autres particularités de ces immeubles

Les façades en brique de parement. Beaucoup d'immeubles de Boulogne associent une ossature béton et un parement de brique. Les fixations de ce parement à la structure sont des pièces métalliques qui se corrodent, et leur état ne se voit pas depuis la rue.

Les menuiseries métalliques d'origine. Fines, élégantes, très conductrices, et souvent sans rupture de pont thermique. Elles condensent abondamment. Leur remplacement se heurte à la valeur patrimoniale de la façade, particulièrement à Boulogne où plusieurs immeubles de cette période sont protégés.

Les planchers en béton. Contrairement au plancher bois parisien, ils sont lourds, donc meilleurs contre les bruits aériens. Ils restent médiocres contre les bruits d'impact, la dalle continue conduisant très bien les chocs.

Ce que nous faisons, et ce à quoi nous nous engageons

Nous repérons les armatures au détecteur avant toute saignée dans un élément de structure. Le repérage se fait avant, pas quand le disque a déjà touché l'acier.

Toute intervention sur un poteau, une poutre ou un voile passe par un bureau d'études. Nous n'ouvrons pas au jugé dans une ossature béton, même quand l'élément paraît secondaire.

Le sondage précède le devis, jamais l'inverse. Distinguer une cloison de remplissage d'un voile de contreventement se fait au son, à la caméra endoscopique et, si le doute persiste, par carottage discret dans une zone qui sera recouverte.

Toute découverte est photographiée et datée le jour même. Un acier apparent, un éclat de béton, une fixation de parement corrodée : la zone est arrêtée, l'image et la date sont transmises, un chiffrage suit sous quarante-huit heures, et rien ne reprend sans accord écrit.

Les réseaux sont photographiés avant fermeture des murs, et les images sont remises au client. Dans un bâti où l'on évite désormais de percer au hasard, savoir où passent les gaines existantes a une valeur directe pour tous les travaux à venir.

Nous travaillons en entreprise générale, tous corps d'état sous un seul contrat, avec nos propres ouvriers. Sur un chantier où la contrainte principale est de ne pas entamer une armature, une seule chaîne de responsabilité vaut mieux que quatre entreprises qui percent chacune de leur côté.

Le pacte de voisinage s'applique intégralement : horaires annoncés à l'avance, parties communes protégées et nettoyées chaque soir, un interlocuteur joignable pendant toute la durée du chantier. Une dalle béton transmet les vibrations de perforation à tout un pan d'immeuble, bien plus loin qu'un plancher bois.

Questions fréquentes

Comment savoir si mon immeuble est à ossature béton ?

L'année de construction est le premier indice, et elle figure dans les documents de copropriété. Ensuite, la présence de retombées de poutres au plafond, de poteaux marqués dans les angles et de grandes portées sans mur intermédiaire va dans ce sens. Le sondage confirme.

Ouvrir une cloison est-il vraiment sans formalité ?

Si la cloison ne porte rien et ne touche ni aux parties communes ni à l'aspect extérieur, l'opération reste dans le lot privatif. Beaucoup de règlements demandent néanmoins d'informer le syndic. Un courrier avant le démarrage coûte cinq minutes et évite bien des discussions.

La carbonatation se soigne-t-elle ?

On traite ses effets : purge du béton dégradé, passivation ou remplacement des aciers atteints, reconstitution de l'enrobage avec un mortier adapté. On ne redonne pas au béton son alcalinité d'origine. La bonne stratégie est donc de ne pas ouvrir de nouveaux chemins à la corrosion.

Nous intervenons régulièrement sur ce type de bâti : voir notre page rénovation à Boulogne-Billancourt, notre poste murs et cloisons et nos réalisations.

Sources

Les principes de l'ossature en béton armé poteaux-poutres et du contreventement par voiles relèvent des règles de l'art de la construction. Le mécanisme de carbonatation du béton et la corrosion des armatures qui en résulte sont documentés par les organismes techniques du bâtiment ; l'évolution des exigences d'enrobage entre l'entre-deux-guerres et les normes actuelles explique la vulnérabilité particulière de ce bâti. Les désordres décrits — épaufrures, aciers apparents, corrosion des fixations de parement — correspondent à ce que nous relevons sur nos propres chantiers dans l'ouest parisien.

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