Boulevard Haussmann, Paris 8e · 1859-1902
Votre balcon ne vous appartient pas : ce qu'un règlement de 1859 a décidé à votre place
Publié le · LUPOQ Rénovation

Sur les immeubles parisiens construits sous le Second Empire, les balcons continus du deuxième et du cinquième étage résultent d'une prescription réglementaire de 1859 et non d'un choix du constructeur : ils sont un élément de composition de la façade. C'est cette origine qui explique leur statut actuel. La façade étant une partie commune au sens de la loi du 10 juillet 1965, le garde-corps, la dalle et l'aspect extérieur du balcon relèvent de la copropriété, même si l'occupant du lot en a la jouissance exclusive. Repeindre une ferronnerie dans une autre teinte, remplacer un garde-corps, fermer ou vitrer un balcon sont donc des décisions d'assemblée générale et non des décisions individuelles. LUPOQ Rénovation vérifie le règlement de copropriété avant de chiffrer une intervention sur un balcon, et traite l'étanchéité de la dalle avant l'esthétique, parce que la corrosion des ancrages de garde-corps est la première cause de désordre sur ces ouvrages.
Regardez une perspective haussmannienne depuis le trottoir d'en face. Les balcons ne sont pas répartis au hasard sur la hauteur des immeubles : ils forment deux lignes horizontales continues, à la même altitude d'un immeuble à l'autre, sur des centaines de mètres. Cette régularité n'est pas un goût d'époque. C'est une obligation.
Le règlement de 1859 qui autorisait les façades à monter jusqu'à vingt mètres sur les voies larges imposait en contrepartie des balcons filants — continus sur toute la largeur de la façade — au deuxième et au cinquième étage. L'objectif était la cohérence de la rue : une percée nouvelle devait former un ensemble, pas une juxtaposition de choix individuels.
Cent soixante ans plus tard, cette phrase de règlement décide encore de ce qu'un propriétaire peut faire chez lui. Voici pourquoi, et ce que cela implique concrètement.
Un élément imposé est un élément commun
Le balcon haussmannien n'a pas été ajouté par un occupant à son initiative. Il fait partie de la composition de la façade, au même titre que les moulures, les corniches et les encadrements de fenêtres. Il a été dessiné avec elle et construit en même temps qu'elle.
La loi du 10 juillet 1965, qui organise la copropriété, range la façade et le gros œuvre parmi les parties communes. Un balcon composé avec la façade suit ce régime : la dalle, les ancrages, le garde-corps et l'aspect extérieur relèvent de la collectivité des copropriétaires.
Ce qui appartient à l'occupant, c'est l'usage. On parle de jouissance privative : personne d'autre ne met les pieds sur votre balcon, vous y installez votre table et vos plantes, et cela ne se discute pas. Mais l'usage exclusif n'est pas la propriété, et c'est toute la différence.
Ce que le règlement de copropriété peut changer
Chaque immeuble a son règlement, et celui-ci peut répartir les responsabilités autrement — confier par exemple l'entretien courant du revêtement de sol du balcon à l'occupant, tout en gardant la structure et la ferronnerie en commun. Le document propre à l'immeuble prime donc sur la règle générale, et c'est lui qu'il faut lire avant toute chose.
Nous ne sommes pas juristes et nous ne donnons pas de consultation. Notre travail est plus simple : ne jamais commencer un chantier de balcon sans avoir lu ce que le règlement en dit, et sans que le syndic ait confirmé la voie à suivre.
Les trois projets qui se heurtent à ce statut
Repeindre la ferronnerie. Le garde-corps appartient à la façade. Le repeindre dans une autre teinte modifie l'aspect extérieur de l'immeuble, ce qui relève de l'assemblée. En pratique, un ravalement de balcon se traite avec le reste de la façade, à la couleur retenue pour l'ensemble. Peindre le sien en noir quand les autres sont vert wagon se voit depuis la rue, et se fait remarquer.
Remplacer un garde-corps abîmé. Sur les immeubles inscrits, ou situés dans un secteur protégé, la ferronnerie d'origine peut relever d'une autorisation de travaux instruite avec l'architecte des Bâtiments de France. Même hors secteur protégé, un modèle de remplacement qui ne reprend pas le dessin d'origine casse la ligne de la rue. Refaire à l'identique, chez un ferronnier, est plus long qu'acheter du standard, et c'est souvent la seule voie acceptable.
Vitrer ou fermer le balcon. C'est la demande qui revient le plus souvent, et c'est la plus difficile. Fermer un balcon modifie l'aspect extérieur, augmente la surface habitable, et change parfois la répartition des charges. Cela suppose une décision d'assemblée et, selon les cas, une déclaration préalable en mairie. Beaucoup de règlements l'interdisent purement et simplement.
Le vrai problème d'un balcon ancien n'est pas son garde-corps
Les demandes portent sur l'esthétique. Les désordres, eux, viennent presque toujours de l'eau.
Un balcon est une dalle en porte-à-faux, encastrée dans le mur de façade. Sur les plus anciens, c'est une dalle de pierre ; sur ceux du début du vingtième siècle, du béton armé. Dans les deux cas, l'eau de pluie doit s'évacuer vers l'extérieur, et le point de rencontre entre la dalle et le mur doit rester étanche.
Quand la pente s'inverse, quand un relevé d'étanchéité se fissure, ou quand un carrelage posé sans forme de pente retient l'eau, l'humidité s'installe à l'encastrement. Sur une dalle en béton armé, elle atteint les aciers, qui gonflent en rouillant et font éclater le béton par en dessous. C'est le désordre classique, et il se voit depuis la rue : des épaufrures sur le nez de dalle, avec parfois un acier apparent.
Les scellements des barreaux de garde-corps posent le même problème en plus petit. Un barreau scellé au plomb ou au ciment dans la pierre travaille avec les variations de température ; l'eau entre par la fissure, le fer gonfle, et la pierre éclate autour du scellement. Un garde-corps qui bouge légèrement à la main n'est pas un détail cosmétique : c'est un élément de sécurité dont les points de fixation sont attaqués.
L'ordre des opérations, et il n'est pas négociable
Reprendre la peinture d'une ferronnerie dont les scellements sont ouverts revient à repeindre par-dessus le problème. La peinture tiendra deux saisons, l'eau continuera d'entrer, et la reprise sera à refaire — cette fois avec de la maçonnerie en plus.
L'ordre est toujours le même : diagnostic de l'étanchéité et des scellements, reprise de la structure et des ancrages, réfection de l'étanchéité et des pentes, puis seulement finition et peinture.
Ce que nous faisons, et ce à quoi nous nous engageons
Nous lisons le règlement de copropriété avant de chiffrer. Sur un balcon, la question « qui décide » précède la question « comment on fait ». Un devis établi sans cette lecture est un devis qui peut être arrêté par le syndic après signature.
L'étanchéité passe avant l'esthétique. Nous ne repeignons pas une ferronnerie dont les scellements sont ouverts. Si le budget ne permet pas de tout traiter, nous traitons l'eau et nous reportons la peinture, jamais l'inverse.
Toute découverte est photographiée et datée le jour même. Un acier apparent dans un nez de dalle change la nature de l'intervention. La zone est arrêtée, l'image et la date sont transmises, un chiffrage suit sous quarante-huit heures, et rien ne reprend sans accord écrit.
Nous travaillons en entreprise générale, tous corps d'état sous un seul contrat, avec nos propres ouvriers. Sur un balcon, le maçon, l'étancheur, le ferronnier et le peintre interviennent l'un après l'autre sur le même ouvrage : un seul responsable évite que chacun ait raison de son point de vue pendant que le désordre reste.
Le pacte de voisinage s'applique intégralement. Une intervention sur balcon se fait depuis la façade, donc sous les fenêtres des voisins : horaires annoncés à l'avance, parties communes protégées et nettoyées chaque soir, un interlocuteur joignable pendant toute la durée du chantier.
Questions fréquentes
Puis-je installer des jardinières sur mon balcon ?
L'usage est le vôtre, mais beaucoup de règlements encadrent la fixation en surplomb du vide, pour des raisons de sécurité, et parfois l'aspect. Les jardinières posées à l'intérieur du garde-corps posent rarement problème, celles accrochées à l'extérieur souvent.
Qui paie la réfection d'un balcon ?
Cela dépend de ce que le règlement de copropriété désigne comme commun et de ce qu'il met à la charge de l'occupant. La structure et la façade relèvent en général de la copropriété. C'est une question à poser au syndic avant le vote, pas après.
Mon balcon fissure le plafond du voisin du dessous, est-ce lié ?
Ce peut l'être. Une dalle en porte-à-faux dont l'encastrement travaille transmet ses mouvements au mur, et donc au plancher voisin. C'est un cas où le diagnostic ne peut pas rester dans un seul lot.
Nous intervenons régulièrement sur ce type de bâti : voir notre pacte de voisinage en copropriété, notre page rénovation d'appartement et nos réalisations.
Sources
Le décret du 27 juillet 1859 sur les hauteurs de façade et les balcons filants, et les règlements de voirie parisiens qui l'ont suivi. La loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, articles 2 et 3, pour la distinction entre parties privatives et parties communes. Les désordres décrits — éclatement du nez de dalle par corrosion des aciers, rupture des scellements de barreaux — correspondent à ce que nous relevons sur nos propres chantiers. Le règlement de copropriété de chaque immeuble prime sur les règles générales rappelées ici.
Autres bâtiments, autres contraintes
La cage d'escalier : pourquoi votre immeuble en a deux, et pourquoi la repeindre n'est pas un chantier de peinture
Un immeuble parisien a presque toujours eu deux escaliers, et un seul était décoré. Aujourd'hui, refaire celui-là engage le plomb, l'incendie et un vote — bien avant la couleur.
Avenue Foch, Paris 16eAvenue Foch : pourquoi ouvrir un mur y demande presque toujours une étude de structure
Un décret de 1859 explique pourquoi les immeubles de l'avenue Foch comptent plus de murs porteurs que ceux d'une rue étroite. Ce qui ressemble à une cloison y descend souvent jusqu'aux fondations.
Boulevard Saint-Germain, Paris 5ePourquoi votre plafond est plus bas au cinquième qu'au deuxième, et ce que ça change à vos travaux
Dans un immeuble parisien du Second Empire, chaque étage a sa propre hauteur sous plafond, et elle décroît en montant. Ce n'est pas un hasard de construction : c'est une économie de loyers, figée dans la pierre.
Avenue Victor-Hugo, Paris 16eLa chambre de bonne : pourquoi le vrai obstacle n'est jamais la surface, mais l'évacuation
Transformer une chambre de service en logement bute rarement sur les mètres carrés. Le blocage vient d'un étage conçu sans eau ni colonne d'évacuation, et qui n'en a toujours pas.
Nos sept engagements, du compromis à dix ans après
La décennale, tout le monde l'a. Ce qui suit, presque personne.
Votre projet mérite le même soin.
Demander un devis →