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Paris, immeubles d'après 1902 · 1902-1914

Le bow-window : un décret de 1902 a libéré les façades parisiennes, et vous en payez encore la thermique

Publié le · LUPOQ Rénovation

Bow-window en encorbellement sur une façade en pierre, superposé sur deux niveaux, avec ses menuiseries à petits bois.
Bow-window en encorbellement sur une façade en pierre, superposé sur deux niveaux, avec ses menuiseries à petits bois. Photo Daniela Aguilar, Pexels

Le règlement de voirie sur les hauteurs et les saillies dans la ville de Paris, promulgué par décret du 13 août 1902 et rédigé par Louis Bonnier, architecte-voyer de la Ville, avec la participation d'Eugène Hénard, a autorisé les bow-windows et diverses saillies à dépasser du plan de façade et à se prolonger au-dessus de la corniche. C'est ce texte qui explique l'apparition des immeubles à encorbellement des années 1902 à 1914, absents du tissu haussmannien antérieur. Deux conséquences pèsent sur un chantier d'aujourd'hui : un bow-window fait partie de la façade, donc des parties communes au sens de la loi du 10 juillet 1965, et sa modification relève de l'assemblée générale ; et sa dalle en encorbellement, exposée au froid sur cinq faces, constitue un pont thermique où la condensation se dépose en premier. LUPOQ Rénovation traite le traitement du pont thermique et de la ventilation avant l'isolation elle-même, parce qu'isoler un encorbellement sans corriger l'air humide y déplace le point de rosée au lieu de le supprimer.

Marchez dans une rue haussmannienne, puis dans une rue construite au début du vingtième siècle. La différence saute aux yeux sans qu'on sache toujours la nommer : les premières façades sont plates, les secondes avancent et reculent. Des tourelles, des balcons arrondis, des baies vitrées qui débordent sur le trottoir.

Ce changement a une date. Le 13 août 1902, un décret promulgue un nouveau règlement de voirie sur les hauteurs et les saillies dans la ville de Paris. Il a été rédigé par Louis Bonnier, architecte-voyer de la Ville, avec la participation d'Eugène Hénard.

Ce que le règlement de 1902 a autorisé

Le texte fait deux choses. Il relève la hauteur constructible sur les voies larges, et surtout il autorise les saillies : les bow-windows et divers types d'encorbellements peuvent désormais dépasser du plan de la façade, et se prolonger au-dessus de la corniche. Au-dessus de celle-ci, les toitures peuvent s'inscrire dans un arc de cercle plutôt que dans la seule diagonale à quarante-cinq degrés.

L'effet a été immédiat et visible. Les architectes, contraints depuis un demi-siècle à une façade plane et à un alignement strict, se sont saisis du volume. C'est avec ce règlement que l'architecture parisienne sort de l'austérité haussmannienne : les immeubles de 1902 à 1914 sont les plus sculptés de la ville.

Un bow-window, littéralement une fenêtre en arc, est une avancée vitrée sur un ou plusieurs niveaux, portée en encorbellement au-dessus du vide. Elle apporte de la lumière latérale, une vue vers le haut et le bas de la rue, et une pièce qui semble plus grande qu'elle n'est.

Le prix thermique d'un volume qui sort du mur

Voilà où l'histoire rejoint le chantier.

Une pièce ordinaire est bordée par un seul mur froid : la façade. Un bow-window, lui, est exposé sur cinq faces. Ses trois côtés vitrés, sa dalle par-dessous et sa couverture par-dessus donnent tous sur l'extérieur. La dalle en encorbellement prolonge le plancher intérieur vers le dehors : elle conduit le froid vers l'intérieur du logement par continuité de matière. C'est la définition même d'un pont thermique.

Les conséquences se lisent toujours de la même façon. En hiver, la zone du bow-window est plus froide de plusieurs degrés que le reste de la pièce. La vapeur d'eau produite par les occupants s'y condense en premier, parce que c'est le point le plus froid de la paroi. L'humidité se dépose au bas des menuiseries, dans les angles de la dalle, derrière les meubles poussés contre l'allège. Les moisissures suivent.

L'erreur classique, et pourquoi elle aggrave

Le réflexe est d'isoler la zone par l'intérieur. Un doublage isolant est posé contre les allèges et sous la dalle du bow-window, et le problème semble réglé une saison.

Il ne l'est pas. L'isolant intérieur réchauffe la surface visible mais refroidit la maçonnerie derrière lui. Le point de rosée, c'est-à-dire l'endroit où la vapeur d'eau redevient liquide, se déplace simplement derrière le doublage. L'eau continue de se condenser, mais désormais hors de vue, dans un matériau qui ne sèche plus. On ne voit plus la moisissure ; elle est là.

Un encorbellement ne se traite pas isolant d'abord. Il se traite dans cet ordre : étanchéité à l'eau de pluie, traitement de la continuité thermique aux jonctions, ventilation du logement, et alors seulement isolation avec un pare-vapeur correctement posé et continu.

Un bow-window appartient à l'immeuble

Second point, juridique celui-là, et il surprend beaucoup de propriétaires.

Un bow-window est un élément de façade. La façade et le gros œuvre étant des parties communes au sens de la loi du 10 juillet 1965, l'ouvrage relève de la copropriété, même si le volume qu'il crée se trouve entièrement à l'intérieur d'un lot privatif. Remplacer les menuiseries par un modèle différent, changer la teinte, modifier les partitions vitrées, sont des décisions d'assemblée générale.

Sur les immeubles inscrits ou situés dans un secteur protégé, s'ajoute l'instruction avec l'architecte des Bâtiments de France. Les bow-windows de 1900 ont souvent des menuiseries à petits bois, des sections fines et des formes cintrées qui n'existent dans aucun catalogue : les refaire suppose du sur-mesure, en bois, chez un menuisier. C'est plus long que de commander du standard, et c'est souvent la seule option acceptée.

La question du double vitrage

Le double vitrage sur une menuiserie ancienne n'est pas un simple remplacement de verre. Un vitrage isolant est plus lourd et plus épais qu'un simple vitrage : la feuillure doit l'accepter, et les paumelles doivent porter le poids supplémentaire sans que l'ouvrant se déforme.

Il y a un piège de fond. Améliorer l'étanchéité à l'air des fenêtres sans améliorer la ventilation supprime le renouvellement d'air qui existait par les défauts des anciennes menuiseries. L'humidité intérieure augmente, et elle se dépose là où c'est le plus froid, c'est-à-dire précisément sur le bow-window. Des fenêtres neuves peuvent ainsi faire apparaître des moisissures qui n'existaient pas. Le poste ventilation n'est pas une option de confort : c'est la condition pour que le poste menuiseries ne se retourne pas contre le logement.

Ce que nous faisons, et ce à quoi nous nous engageons

Nous vérifions le statut de l'ouvrage avant de chiffrer. Sur un bow-window, la question « qui décide » précède la question « comment on fait ». Nous lisons le règlement de copropriété et, en secteur protégé, nous posons la question de l'instruction avant la signature.

La ventilation est traitée avec les menuiseries, jamais après. Nous ne remplaçons pas des fenêtres sans avoir arrêté par où l'air entre et par où il sort. C'est le point sur lequel nous refusons de transiger, parce que c'est celui qui produit les désordres les plus difficiles à rattraper.

Toute découverte est photographiée et datée le jour même. Une dalle d'encorbellement dont les aciers travaillent, un appui de menuiserie pourri, une infiltration ancienne dans l'allège : la zone est arrêtée, l'image et la date sont transmises, un chiffrage suit sous quarante-huit heures, et rien ne reprend sans accord écrit.

Les réseaux sont photographiés avant fermeture des doublages, et les images sont remises au client. Sur un encorbellement, ce qui passe derrière l'isolant ne sera plus jamais visible sans casser.

Nous travaillons en entreprise générale, tous corps d'état sous un seul contrat, avec nos propres ouvriers. Un bow-window met en jeu le menuisier, l'étancheur, le plaquiste et le ventiliste sur le même mètre carré : un seul responsable évite que chacun ait raison de son point de vue pendant que la condensation reste.

Le pacte de voisinage s'applique intégralement : horaires annoncés à l'avance, parties communes protégées et nettoyées chaque soir, un interlocuteur joignable pendant toute la durée du chantier. Une dépose de menuiseries en façade se voit et s'entend depuis toute la rue.

Questions fréquentes

Comment savoir si mon immeuble est postérieur à 1902 ?

La présence de saillies, d'encorbellements, de balcons arrondis et de décors sculptés en volume est un indice fort. L'année de construction figure dans les documents de copropriété, et souvent sur la façade elle-même, gravée près de l'entrée avec le nom de l'architecte.

Peut-on isoler un bow-window par l'extérieur ?

C'est thermiquement la bonne réponse, et c'est presque toujours impossible à Paris : l'isolation extérieure modifie l'aspect de la façade, empiète sur le domaine public et se heurte aux protections patrimoniales. On travaille donc par l'intérieur, avec les précautions décrites plus haut.

La condensation vient-elle toujours d'un défaut d'isolation ?

Non. Elle vient de la rencontre entre de l'air humide et une paroi froide. On peut donc agir sur les deux : réduire l'humidité produite et évacuée, et réchauffer la paroi. Traiter un seul des deux termes donne rarement un résultat durable.

Nous intervenons régulièrement sur ce type de bâti : voir notre page menuiseries et fenêtres, notre poste isolation intérieure et extérieure et nos systèmes de ventilation.

Sources

Le décret du 13 août 1902 promulguant le règlement de voirie sur les hauteurs et les saillies dans la ville de Paris, rédigé par Louis Bonnier, architecte-voyer de la Ville de Paris, avec la participation d'Eugène Hénard ; fonds Louis Bonnier, Cité de l'architecture et du patrimoine, centre d'archives d'architecture contemporaine. La loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 sur la copropriété, pour le statut de la façade. Les désordres décrits — condensation au droit des encorbellements, déplacement du point de rosée derrière un doublage intérieur — correspondent à ce que nous relevons sur nos propres chantiers.

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