Avenue Victor-Hugo, Paris 16e · 1850-1914
La chambre de bonne : pourquoi le vrai obstacle n'est jamais la surface, mais l'évacuation
Publié le · LUPOQ Rénovation

Les chambres de service du dernier étage des immeubles parisiens ont été construites sans point d'eau privatif ni colonne d'évacuation, l'usage prévoyant un point d'eau commun sur le palier et des sanitaires partagés. Cette absence d'origine, et non la surface, constitue l'obstacle principal à leur transformation en logement autonome : créer une salle d'eau suppose de raccorder une évacuation avec une pente continue jusqu'à une chute existante, opération qui traverse le plus souvent des parties communes ou d'autres lots et relève donc de l'assemblée générale des copropriétaires. S'y ajoutent les seuils de décence, une surface minimale de neuf mètres carrés et une hauteur sous plafond d'au moins deux mètres vingt, difficiles à tenir sous un comble limité par une pente. LUPOQ Rénovation vérifie l'existence et la position d'une chute raccordable avant tout chiffrage, et traite le vote d'assemblée en premier dans le calendrier, parce que c'est le seul délai que personne ne maîtrise.
Au dernier étage d'un immeuble parisien, sous le zinc, court un couloir bordé de petites portes numérotées. Ces pièces ont été construites pour loger le personnel de maison des appartements du dessous. Elles n'ont jamais été pensées comme des logements autonomes, et c'est encore vrai aujourd'hui.
Le projet revient sans cesse : réunir deux chambres, y installer une salle d'eau et une kitchenette, en faire un studio à louer ou une chambre d'ami. Il achoppe presque toujours au même endroit, et ce n'est pas celui qu'on imagine.
Ce que l'étage n'a jamais eu
Le sixième étage a été conçu avec un point d'eau commun sur le palier et des cabinets partagés. Chaque chambre recevait un lit, une fenêtre et rien d'autre. Il n'y avait ni arrivée d'eau privative, ni évacuation, ni ventilation mécanique, ni tableau électrique par pièce.
L'arrivée d'eau se règle. C'est un tube de faible diamètre, il monte, il se pique sur une colonne existante, et il ne demande pas de pente. L'évacuation, elle, est un autre problème.
Le problème de la pente
Une évacuation d'eaux usées fonctionne par gravité. Elle demande une pente continue, de l'ordre de un à trois centimètres par mètre, depuis l'appareil jusqu'à une chute verticale existante. Toute cette pente se prend sur la hauteur disponible, et sous un comble la hauteur disponible est précisément ce qui manque.
S'il n'existe aucune chute au niveau du dernier étage — cas fréquent, puisque les colonnes des appartements s'arrêtaient souvent en dessous —, il faut en créer une, ou raccorder l'évacuation à une chute située ailleurs dans l'immeuble. Un tracé horizontal de plusieurs mètres consomme sa pente et impose une retombée ; un raccordement à une chute existante suppose de passer par des parties communes, voire par le lot d'un autre copropriétaire.
À ce moment précis, le projet cesse d'être un chantier et devient une décision collective.
Les seuils qui décident si c'est un logement
Un local ne devient pas un logement parce qu'on y installe un lit. Pour être loué comme habitation, il doit disposer d'une pièce principale d'au moins neuf mètres carrés avec une hauteur sous plafond d'au moins deux mètres vingt, ou d'un volume habitable d'au moins vingt mètres cubes.
Sous un comble limité par une pente, la surface au sol et la surface réellement utilisable divergent fortement. La partie où l'on se tient debout peut représenter la moitié de la pièce. C'est pourquoi le relevé de la hauteur sous pente, fait avant toute promesse, décide souvent de la faisabilité à lui seul.
Réunir deux chambres n'est pas neutre
Abattre la cloison entre deux chambres contiguës paraît anodin. Deux points méritent d'être vérifiés avant.
D'abord la nature de la cloison. Sous les combles, certaines refends montent depuis le bas de l'immeuble et participent à la structure ; d'autres sont de simples cloisons de plâtre montées après coup. La distinction se fait au sondage, pas à l'œil.
Ensuite le statut des lots. Deux chambres sont deux lots distincts, avec leurs tantièmes. Les réunir en un seul logement peut supposer une modification de l'état descriptif de division, et donc un passage en assemblée.
Les points que l'on découvre en ouvrant
L'état des solives aux appuis. Le plancher du dernier étage a subi les fuites de toiture accumulées sur un siècle. C'est aux têtes de solives, là où le bois entre dans le mur, que l'humidité a pu travailler sans se voir.
L'électricité. Ces niveaux ont été électrifiés tardivement et souvent en apparent, avec des sections faibles et sans mise à la terre. Un studio autonome demande son propre circuit, son propre tableau et une liaison équipotentielle dans la pièce d'eau.
L'isolation sous rampants. Sous le zinc, sans isolation, la pièce est glaciale en hiver et invivable en été. Isoler prend de la hauteur, exactement là où elle manque, et impose une lame d'air ventilée sous la couverture faute de quoi la condensation s'installe dans l'isolant.
La ventilation de la pièce d'eau. Une salle d'eau sans ouvrant demande une extraction mécanique, donc un rejet vers l'extérieur ou un conduit existant. C'est à traiter en même temps que l'évacuation, pas après.
Ce que nous faisons, et ce à quoi nous nous engageons
Nous vérifions l'existence et la position d'une chute raccordable avant de chiffrer. C'est la première visite, elle dure une demi-journée, et elle décide de tout le reste. Un devis établi sans cette vérification est un devis qui bougera.
Le calendrier des décisions est remis au démarrage, et le vote d'assemblée y figure en premier. Une demande déposée en juin peut n'être votée qu'en novembre : c'est le seul délai que personne ne maîtrise, et le reste du chantier s'organise autour de lui.
Le sondage précède le devis, jamais l'inverse. Nous ne chiffrons pas l'ouverture d'une cloison sous comble avant de l'avoir sondée au son, à la caméra endoscopique et, si le doute persiste, par carottage.
Toute découverte est photographiée et datée le jour même. Une tête de solive attaquée sous le plancher du dernier étage change la nature du chantier. La zone est arrêtée, l'image et la date sont transmises, un chiffrage suit sous quarante-huit heures, et rien ne reprend sans accord écrit.
Le pacte de voisinage s'applique intégralement, et il compte double ici. Un chantier au dernier étage fait monter et descendre les gravats par l'escalier commun, devant toutes les portes de l'immeuble : horaires annoncés à l'avance, parties communes protégées et nettoyées chaque soir, un interlocuteur joignable pendant toute la durée du chantier. Dans un immeuble où le vote de l'assemblée a été nécessaire, la façon dont le chantier se passe décide de la façon dont le prochain sera voté.
Questions fréquentes
Peut-on installer une pompe de relevage plutôt qu'une pente ?
Techniquement, une pompe permet de remonter des eaux usées vers une évacuation plus haute. C'est un équipement bruyant, qui demande un entretien et dont la panne se traduit immédiatement par un débordement. Sur un logement destiné à la location, c'est une solution de dernier recours, pas une solution de confort.
Faut-il l'accord de la copropriété pour une simple rénovation intérieure ?
Repeindre et refaire un sol, non. Créer une évacuation, percer un mur porteur ou modifier l'aspect extérieur, oui. La ligne passe entre ce qui reste dans le lot et ce qui touche à la structure, aux réseaux communs ou à la façade.
Une chambre de service peut-elle être vendue séparément ?
C'est un lot de copropriété, donc oui en principe, sous réserve de ce que prévoit le règlement. La question qui se pose ensuite est celle de sa décence si elle est destinée à la location.
Nous intervenons régulièrement sur ce type de bâti : voir notre page rénovation de studio, notre aménagement de combles et notre pacte de voisinage en copropriété.
Sources
Le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent, pour la surface de neuf mètres carrés, la hauteur de deux mètres vingt et le volume de vingt mètres cubes. La loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 sur la copropriété, pour la distinction entre parties privatives et parties communes et pour la modification de l'état descriptif de division. Les pentes d'évacuation indiquées correspondent aux règles de l'art couramment appliquées en plomberie sanitaire. Les désordres décrits aux têtes de solives et sous rampants correspondent à ce que nous relevons sur nos propres chantiers.
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